le pari d’une métropole

mercredi 18 mars 2009 10:15 par RS    Thionville

Metz - Thionville.

L’idée est audacieuse mais elle a de quoi séduire ! Sur la même longueur d’onde, les nouveaux maires socialistes de Thionville et de Metz ravivent l’espoir d’une alliance jusqu’alors impossible. Faute d’entente entre les hommes. Faute d’envie de se confondre. Et si Metz et Thionville faisaient fi du passé et ne formaient aujourd’hui une grande métropole ? Bertrand Mertz en est convaincu : « le choix stratégique se trouve là ! »

Dans le bureau du maire, enfin décoré à son goût, avec simplicité, Bertrand Mertz arbore son habituel sourire. Derrière lui, les symboles de la République ont trouvé une place de choix. Un buste de Marianne « retrouvé dans un grenier » et qui a dû être dépoussiéré. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, « aussi importante que la devise de la République sur le fronton de l’hôtel de ville ». Quelques portraits de grands personnages de l’histoire parmi lesquels Gandhi, Nelson Mandela ou le général de Gaulle… Pour les habitués de ce lieu, il aurait enfin trouvé, grâce à ces objets, le supplément d’âme qui lui manquait. L’empreinte de son propriétaire. « Elle est jolie cette Marianne non ? » interroge machinalement Bertrand Mertz. Parler un peu décoration doit faire du bien lorsque l’on ingère « au moins 12 heures par jour » de la politique. Les traits tirés, le visage visiblement fatigué, l’homme ne cache pas que l’année qui vient de s’écouler a été plus difficile que prévue. Son apparent sourire non plus… « Oui, nous avons sous-estimé l’état de détérioration du patrimoine municipal. Oui, nous souffrons, comme tout le monde, de cette crise dont nous n’avions pas besoin. Alors oui, cette année n’a pas toujours été facile…»

état d’esprit positif
Pourtant, dans les propos de Bertrand Mertz, aucun aveu de faiblesse. Aucune concession concernant ses propres projets. Ceux qui ont fait que les Thionvillois lui ont fait confiance au point de lui confier le rôle de maire de leur ville. Ceux dont ses administrés attendent aujourd’hui la concrétisation. « Vous me demandez si ces désagréments vont imputer des changements sur mon programme de campagne. Je vous réponds très simplement non. Nous ferons tout ce que nous avons dit ! » La phrase est lâchée. L’engagement pris. « Je suis dans un état d’esprit très positif » pour ceux qui s’interrogent. « C’est vrai que ce qu’on appelle l’état de grâce est passé mais la morosité ne s’est pas installée à Thionville pour autant. Aujourd’hui, toute mon équipe et moi-même nous attelons à résoudre des problèmes concrets. L’héritage de la ville est une catastrophe. Nous sommes à la tâche chaque jour ». La réfection du théâtre, l’aménagement d’un parking souterrain et de commerces Cour des Capucins, la rénovation du parvis de la gare… on les connaît désormais bien ces projets engagés par une autre municipalité, qui pèsent sur les finances de la ville et dont Bertrand Mertz, lui, ne voulait pas. Pas de cette façon en tout cas.

urgences et volonté
« Ce dont on parle moins, ce sont les autres dépenses. Imprévues ». Celles de l’entretien d’un patrimoine communal « délabré ». « On nous avait dit tout est formidable, tout est merveilleux. On a vu ! Tout était tellement magnifique que nous avons dû engager des actions d’urgence ». Dans les écoles d’abord dont l’état de détérioration avait été, de l’aveu du maire, « sous-estimé ». « Nous pourrons y consacrer 2,5 millions d’euros et nous en aurons besoin ». Dans les quartiers ensuite. « Puisque nous avons déjà injecté 450 000 euros dans les villages ». Des « inconvénients » qui, toujours selon Bertrand Mertz, ne devraient pourtant en rien freiner la machine lancée sur Thionville en mars 2008.

« Nous avons lancé des études concernant tous nos grands projets. La création de trois ZAC, celle d’une médiathèque, d’une salle de musiques actuelles. Nous avons réorganisé le commerce avec des assises, un nouveau marché. Nous avons demandé à tous les services de participer à ce changement par une meilleure coordination. Bref, certains peuvent trouver qu’on ne va pas assez vite mais ça ne fait qu’un an. Et moi je trouve qu’on a vraiment bien bossé. Notre juste gestion permettra de ne pas augmenter du tout les impôts à Thionville. C’est cela qu’on attend d’un maire ».

enfin tournée vers Metz
Cela… et un petit peu plus. Mais Bertrand Mertz n’est pas avare. Il s’apprête même à offrir à Thionville une nouvelle perspective : une représentativité à l’échelle du territoire français. Comment ? Non pas seulement en l’inscrivant au coeur de la Grande Région, comme on l’évoque depuis des mois aussi bien en Moselle Nord qu’au Luxembourg, mais en la rapprochant de sa meilleure ennemie, la première ville du département avec qui l’alliance semblait jusqu’alors impossible : Metz.
Bertrand Mertz explique : « Je conçois mon rôle de maire de la troisième ville de Lorraine comme celui d’un fédérateur. Lorsque l’on voit les grandes métropoles ciblées par le rapport Balladur, on s’aperçoit que pour le Français moyen, il n’y a rien entre Lille et Strasbourg. On oublie complètement notre territoire parce qu’il manque de représentativité. Il est désormais clair que nous avons besoin, avant même de regarder vers nos voisins frontaliers,d’une grande métropole mosellane. C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés, avec Dominique Gros, afin de repenser la collaboration entre nos deux villes ».
Dans l’esprit des deux nouveaux maires socialistes, comme sur la carte de la Moselle, la « continuité géographique entre Metz et Thionville » ne peut plus être ignorée. « Cette continuité n’existe d’ailleurs ni entre Metz et Nancy ni entre Thionville et Luxembourg » relève Bertrand Mertz.

surpasser les agglos
Pourquoi avoir autant tardé à prendre conscience de la chose ? Surtout une histoire de personnes... Mais l’important est au présent. « Metz et Thionville savent aujourd’hui qu’elles ont besoin l’une de l’autre pour avancer ». Les deux villes s’apprêtent d’ailleurs à faire un choix stratégique sans précédent. « Nous pensons qu’il nous appartient, avec tous les maires et les présidents d’intercommunalités concernés, de lancer un processus de métropolisation polycentrique de l’axe Metz-Thionville ».

Car là où les communes pèchent, selon Bertrand Mertz, les groupements de communes ne répondent pas mieux aux grandes problématiques. « Les communautés d’agglomération et de communes sont un outil intéressant. Ce sont des supers-communes qui déchargent les villes de quelques soucis mais elles n’ont pas la capacité de régler les vrais problèmes de notre territoire et manquent de grandes ambitions. L’université, l’hôpital, la recherche… Elles ne se penchent guère que sur les transports. Et nous sommes encore loin du compte. Il faut répondre à l’interpellation de l’Etat rapidement et nous devrons le faire avec tout le monde. Pas question de laisser les uns ou les autres bouder un si grand projet.Nous avons enfin l’occasion de peser,d’insuffler une dynamique qui sera le premier étage d’une fusée à dimension transfrontalière, vers Luxembourg et Nancy. Ne la laissons pas passer… »